La sortie de l’euro n’est pas la catatastrophe annoncée

A entendre tous les européistes, quitter la monnaie unique serait une catastrophe. Curieusement, ce sont les mêmes qui nous promettaient monts et merveilles hier, lors du passage à l’euro qui nous expliquent désormais que l’abandonner provoquerait un cataclysme. De brillants esprits, parmi lesquels Jacques Attali, Christian de Boissieu et Pascal Lamy, nous expliquaient en 1997 dans le journal Le Monde que l’euro assurerait des « prix attractifs », apporterait « une gestion saine des finances publiques », favoriserait la croissance, permettrait des baisses d’impôt et de faibles taux d’intérêt. Enfin, elle amènerait, comme chacun peut s’en rendre compte aujourd’hui, des solidarités nouvelles et une Europe plus démocratique[1]. Seize ans, plus tard, la monnaie unique révèle ses failles et des économistes proposent d’en organiser la dissolution. Or l’analyse précise de la sortie de l’euro ne serait pas la catastrophe annoncée par certains, bien au contraire.

Dissolution de l’euro, dévaluation et contrôle des capitaux.

D’après une étude réalisée pour la Fondation Res Publica par Philippe Murer et Jacques Sapir, la dissolution de l’euro et le retour au franc, accompagné d’une forte dévaluation, laisseraient inchangés les revenus et les dépenses réalisées en France[2]. Il n’y aura pas non plus de changement concernant le pouvoir d’achat de biens ou de services produits sur le territoire français. La valeur des comptes bancaires ne sera pas dévaluée. Quant au prix des produits importés, agité comme un chiffon rouge, certains augmenteront (Allemagne, zone dollar) et d’autres baisseront (Italie, Espagne). Enfin, l’inflation ne passerait qu’à 5% pour la première année, 4% pour la deuxième. La dévaluation impliquera absolument la mise en place d’un strict contrôle des capitaux, comme ce fut le cas en Russie en 1998. Dans le cadre de l’Union européenne, peut-on violer délibérément l’article 63 qui précise que « toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites[3] » ? C’est oublier qu’un contrôle des capitaux a déjà été exercé par l’Union européenne, en violation de ses propres principes, dans la crise chypriote.

Un retour de l’emploi et une baisse du poids de la dette

Cette politique s’accompagnerait d’une baisse rapide du poids de la dette, alors que le déficit résiduel dans les dépenses publiques pourrait parfaitement être couvert par l’épargne nationale. Jacques Sapir et Philippe Murer soulignent d’ailleurs que « le poids de la dette baisse d’autant plus vite que l’on ne fait pas de la réduction de la dette une priorité économique ». Au niveau de l’emploi, les gains seraient spectaculaires, avec une croissance allant de 8% à 21% sur les quatre années suivant la sortie de l’euro, selon les hypothèses. La réaffectation des bénéfices de la dévaluation en faveur d’une politique d’investissement est le scénario qui donne les meilleurs résultats. En trois ans, le nombre de chômeurs passerait à un chiffre compris entre 1,5 et 2,2 millions de chômeurs. En outre, les comptes de l’assurance-chômage et de l’assurance maladie redeviendraient positifs.

La menace, brandie par les opposants à la sortie de l’euro, d’une ruine des petits épargnants est-elle fondée ? Si la valeur du patrimoine baissera peut être entre 3% et 5% la première année, elle retrouvera son niveau structurel au bout de cinq ans. Quant aux placements immobiliers, ils pourraient très bien augmenter compte tenu de la reprise de l’activité économique. En raison des gains qu’engendreraient la forte croissance et la hausse des recettes fiscales, le taux d’imposition pourrait baisser légèrement, passant de 45% à 43% voire 41%. Enfin, l’industrie augmenterait ses exportations et sa production, tout en redevenant attractive pour les investissements.

Sortir de l’euro pour définanciariser l’économie

Il est cependant vrai que la sortie de l’euro ne résoudrait pas tous les problèmes et que des mesures d’accompagnement sont nécessaires. C’est le cas de la réforme des banques et des assurances, qui devront connaître un renforcement du contrôle de l’État. Plus globalement, la dissolution de l’euro offre une opportunité pour définanciariser l’économie. Un programme de développement industriel, appuyé par l’État, devra également être mis en œuvre. Une réforme de la formation professionnelle sera nécessaire pour offrir la main d’œuvre qualifiée nécessaire aux entreprises ainsi que des mécanismes de coordinations monétaires reposant sur une monnaie commune et un contrôle des capitaux.


[1] « L’euro, une chance pour la France, une chance pour l’Europe », Le Monde, 1997.

[2] http://www.fondation-res-publica.org/etude-euro/#.Unw2c-LTAZ8

[3] Article 63 du traité de Lisbonne

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A propos Romain Masson

Ancien enseignant d'histoire-géographie, passionné par le débat d'idées, je tente de penser en dehors des clous pour comprendre un monde devenu complètement fou. Je continue de croire que le savoir et la culture sont le meilleur rempart à la bêtise.
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