L’évolution politique de la France au XIXe siècle

Le XIXe siècle constitue un moment déterminant de l’histoire politique de la France. Après la chute de Napoléon en 1815 et la volonté des souverains européens d’en finir avec la France révolutionnaire, le pays connaît trois révolutions, un coup d’Etat et une guerre avec l’Allemagne, avant que la Troisième République ne s’installe de manière définitive.

Une longue période d’instabilité politique (1815-1871)

La restauration (1815-1830)

Après la chute de Napoléon, les Alliés réunis au Congrès de Vienne cherchent à rétablir la monarchie en France, en mettant sur le trône Louis XVIII, le frère de Louis XVI. Il ne s’agit pas pour autant de revenir à la monarchie absolue de droit divin mais d’instaurer une monarchie constitutionnelle, dans laquelle le pouvoir du roi est encadré. Louis XVIII accorde, de fait, aux Français une charte constitutionnelle qui garantit les principaux acquis de 1789, comme l’égalité devant la loi ou la liberté d’expression. Mais à partir des années 1820, les ultras, qui prônent le retour intégral à l’Ancien Régime, l’emportent. Ils lancent la Terreur blanche au cours de laquelle d’anciens révolutionnaires et partisans de Napoléon sont massacrés. En 1822, les Quatre sergents de la Rochelle qui s’étaient soulevés contre le retour de la monarchie sont enfermés à la tour de la Lanterne, avant d’être emmenés à Paris pour y être décapités. A la mort de Louis XVIII en 1824, son frère lui succède sous le nom de Charles X et mène une politique ouvertement réactionnaire. En juillet 1830, alors qu’il cherche à faire passer des ordonnances qui restreignent la liberté de presse et limitent le droit de vote, les Parisiens se soulèvent lors des Trois glorieuses les 27, 28 et 29 juillet. Cette révolution de 1830, immortalisée par Delacroix dans La liberté guidant le peuple, met fin au règne de Charles X. Par refus de proclamer la République, les insurgés se rallient au roi Louis Philippe.

L’éphémère monarchie de juillet (1830-1848)

Si le nouveau roi donne des garanties, en prêtant serment de respecter la charte et en rétablissant le drapeau tricolore, il est rapidement confronté, à partir de 1846 à une crise économique qui renforce l’opposition des légitimistes, des bonapartistes et des républicains. Le pouvoir réprime les grèves ouvrières et prend des mesures de plus en plus autoritaires, notamment contre la presse. L’opposition des catholiques libéraux, comme La Mennais et Lacordaire, et des socialistes (Louis Blanc, Pierre Le Roux, Proudhon) devient de plus en plus importante. Quand le 22 et 24 février 1848, Louis Philippe décide d’interdire un banquet où se rassemblent les opposants au régime, les Parisiens se soulèvent et proclament la Seconde République.

L’échec de la Seconde République (1848-1851)

De février à avril 1848, un gouvernement provisoire est constitué et, dans les premiers mois qui suivent la proclamation de la République, des arbres de la liberté fleurissent dans un esprit romantique pour célébrer l’esprit de 1848. Plusieurs mesures démocratiques et sociales sont prises, comme l’instauration du suffrage universel, la suppression de la peine de mort en matière politique, l’abolition de l’esclavage, la réduction de la journée de travail et la création des ateliers nationaux, qui visaient à donner du travail aux chômeurs parisiens. Mais cette dernière mesure n’est pas au goût de l’assemblée conservatrice qui vient d’être élue. En décidant d’augmenter les impôts directs et de fermer les ateliers nationaux, elle provoque en juin 1848 des révoltes ouvrières parisiennes qui sont écrasées dans le sang par le pouvoir en place. En décembre, Louis Napoléon Bonaparte, neveu de l’empereur, est élu président de la République, puis des mesures sont prises pour rétablir l’ordre : renforcement du contrôle de l’Eglise sur l’enseignement, limitation du suffrage universel et restriction de la liberté de presse. Pour se doter d’un pouvoir absolu, le prince-président décide de faire un coup d’Etat le 2 décembre 1851. Premier président élu au suffrage universel, Louis Napoléon Bonaparte met fin à la Seconde République.

Le Second Empire (1852-1870)

Par un plébiscite proposé aux Français le 2 décembre 1852, Louis Napoléon Bonaparte rétablit l’empire et devient Napoléon III. Le Second Empire est un régime autoritaire : les élections sont contrôlées, la presse est muselée et les opposants sont exilés. Soutenue par la bourgeoisie d’affaire, le clergé et l’armée, cette politique se durcit, suite à l’attentat raté d’Orsini en 1858. L’empire se libéralise néanmoins dans les années 1860, sous l’influence des milieux d’affaires et des catholiques, hostiles à la politique italienne de Napoléon III. Ce dernier limite la surveillance de la presse et reconnaît le droit de réunion et le droit de grève. Après quelques interventions militaires réussies, l’empereur finit par tomber dans le piège de Bismark qui cherche à provoquer une défaite française pour renforcer l’unité allemande. Aussi, en juillet 1870, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse, avant d’essuyer une défaite militaire à Sedan. Le 4 septembre 1870, la République est proclamée à Paris.

L’installation difficile mais durable de la Troisième République en France (1870-1914)

La chute du Second Empire permet au régime républicain de s’installer difficilement et progressivement en France mais de manière durable.

La République opportuniste.

Jules Ferry, fondateur de l’école républicaine

Alors que les troupes prussiennes menacent le territoire français, les républicains modérés, hostiles à Paris, acceptent de signer la paix. Devant ce qui est considéré comme une capitulation, la Commune de Paris éclate le 18 mars 1871 mais ce mouvement populaire est écrasé dans le sang par Adolphe Thiers. Durant les premières années de la IIIe République, le régime reste dominé par les monarchistes, qui tentent de subvertir les institutions républicaines pour revenir à la monarchie. En 1879, les républicains deviennent majoritaires et Jules Grévy est élu président de la République. Si une loi d’amnistie est votée en faveur des communards déportés en 1880, les débuts du nouveau régime sont marqués par le règne des républicains opportunistes, à l’image de Léon Gambetta et Jules Ferry. Ces hommes considèrent qu’il faut enraciner le régime républicain, avant d’aller plus loin dans les réformes. Dans les années 1880, de grandes lois sont votées, comme l’enseignement primaire qui devient gratuit, puis laïc et obligatoire, ainsi que la reconnaissance des grandes libertés publiques : réunion, presse, association, liberté syndicale.

Mais dans les années 1890, la République est menacée par de graves crises, dont elles sort néanmoins victorieuse.

La République face aux crises

Entre 1888 et 1893, éclate le scandale de Panama. Plusieurs épargnants qui avaient placé leur argent dans la compagnie du canal de Panama sont ruinés, suite à la faillite de la compagnie. Or, on découvre que des journalistes et des hommes politiques ont été corrompus pour faire la promotion de ce projet. Comme plusieurs hommes d’affaire impliqués dans ce scandale étaient d’origine juive, une vague d’antisémitisme éclate en France. Ce climat d’antisémitisme permet l’éclatement d’une deuxième affaire qui divise profondément le pays : l’Affaire Dreyfus.

En octobre 1894, un officier français d’origine juive, Alfred Dreyfus, est accusé d’avoir livré des documents concernant la défense nationale à l’Allemagne. Cette accusation reposait sur la découverte, dans la corbeille à papier de l’attaché militaire allemand à Paris, d’un bordereau anonyme énumérant les documents livrés. Sous prétexte que l’écriture du bordereau ressemblait à celle de Dreyfus, il est condamné à de la prison à vie, à la dégradation militaire, et à être déporté à l’île au Diable, au large de la Guyane. Malgré les demandes de révision du procès et la découverte que le vrai coupable était le commandant Esterhazy, le tribunal militaire refuse de revenir sur sa décision. Dans ce climat, Emile Zola publie en 1898 dans le journal l’Aurore une lettre ouverte au président de la République, qui attaque très violemment l’armée. Il est condamné à un an de prison. L’affaire soulève une vague d’antisémitisme et divise la France en deux camps opposés : les dreyfusards qui souhaitent la révision du procès, et les antidreyfusards qui défendent l’honneur de l’armée. Pendant plusieurs années, ces deux camps s’affrontent dans la presse. En 1899, suite à la découverte par le colonel Henry que l’une des pièces ayant servi à l’accusation était un faux, on accepte de réviser le procès. En 1906, le président Loubet finit par libérer Dreyfus, qui est réhabilité, réintégré dans l’armée et fait chevalier de la légion d’Honneur.

Unis par l’affaire Dreyfus, contre la droite antidreyfusarde, les gauches se regroupent derrière Pierre Waldeck-Rousseau et cherchent à faire bloc contre les nationalistes et les antisémites : c’est la naissance du bloc des gauches, qui remporte les élections législatives de 1902. Ils mènent une politique ouvertement anticléricale contre l’Eglise, en interdisant notamment aux congrégations religieuses d’enseigner. Pour mettre fin à la violence des affrontements entre la République et l’Eglise, Aristide Briand fait voter la loi du 9 décembre 1905, qui fonde la laïcité. Elle garantit par son article 1 la liberté de conscience et de culte mais interdit, par son article 2, tout financement des religions, qu’ils ‘agisse du catholicisme, du protestantisme ou du judaïsme. Elle introduit la neutralité religieuse. Cette loi est condamnée par le pape Pie X mais finit par être acceptée par les catholiques.

Publicités

A propos Romain Masson

Ancien enseignant d'histoire-géographie, passionné par le débat d'idées, je tente de penser en dehors des clous pour comprendre un monde devenu complètement fou. Je continue de croire que le savoir et la culture sont le meilleur rempart à la bêtise.
Cet article a été publié dans Histoire et mémoire. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s