Sur l’enseignement de l’anglais dans les universités françaises

Alors qu’il était de bon ton de railler Nicolas Sarkozy et son adoration du monde anglo-saxon, voilà que les socialistes plaident pour que les universités françaises introduisent davantage d’enseignements en anglais pour rester attractives. Il s’agit de remettre en cause la loi Toubon de 1994, qui fait du français la langue de l’enseignement, des examens, des concours et des thèses, au motif que celle-ci est contournée par les présidents d’université. Avec la même novlangue que celle qui consiste à dire que nous devons rassurer les marchés pour rester souverain, Geneviève Fioraso nous explique que c’est en cédant au tout anglais que nous défendrons le mieux le rayonnement de la culture française. Or, sans s’étendre sur le bras d’honneur fait à la francophonie par cette proposition, il est reconnu que c’est davantage la qualité de l’enseignement qui fait l’attractivité des universités françaises, que la langue dans laquelle elle est dispensée, comme le rappelle Claude Hagège.

Mais alors qu’on nous chante tous les jours les vertus du modèle allemand, peut-être aurait-il été intéressant de se pencher sur le bilan qu’ont tiré l’Allemagne et les Pays-Bas de cette politique d’anglicisation. Si les universités néerlandaises ont pu attirer davantage d’étudiants étrangers par le recours à l’anglais, leur proportion reste inférieure à ce qu’elle est en France, tout simplement parce que ces langues nationales n’ont pas une diffusion internationale. Mais l’introduction des cours en anglais a eu aussi de nombreux effets négatifs.

– L’affaiblissement de la qualité de l’enseignement lié à une maîtrise approximative de l’anglais : cours récités, échanges limités entre les étudiants.

– Une perte de l’ouverture internationale des universités néerlandaises, liée au repli sur l’anglais et à l’ignorance du néerlandais, du français ou de l’allemand.

– Une perte de la spécificité de l’enseignement, qui ignore les travaux européens pour se focaliser sur la recherche en anglais.

Ces effets se retrouvent également en Allemagne mais le pays a réagi en prenant des mesures que Mme Fioraso ferait bien de méditer. Les Allemands ont décidé d’une part de préserver l’allemand comme langue de transmission des savoirs, d’autre part de mettre l’accent sur une formation en langues vivantes de haut niveau, incluant une formation à l’allemand des chercheurs étrangers, la connaissance de l’anglais mais aussi d’autres langues. Autrement dit, la solution est de préserver la langue nationale pour la transmission des savoirs au nom de la qualité de l’enseignement et d’investir dans l’apprentissage des langues étrangères, dans leur diversité et pas seulement l’anglais.

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A propos Romain Masson

Ancien enseignant d'histoire-géographie, passionné par le débat d'idées, je tente de penser en dehors des clous pour comprendre un monde devenu complètement fou. Je continue de croire que le savoir et la culture sont le meilleur rempart à la bêtise.
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