Le tournant libéral de François Hollande

Dans sa conférence de presse du mardi 14 janvier 2014, François Hollande a assumé son virage social-libéral et confirmé la politique de l’offre empruntée à la droite. Le président a poursuivi sa politique d’allègement du coût du travail, en annonçant 15 milliards d’euros supplémentaires pour les entreprises, à travers la suppression des cotisations familiales d’ici 2017. Si le président se défend d’être gagné par le libéralisme économique, il a annoncé que cet allègement de charges serait financé par une baisse des dépenses publiques de 18 milliards d’euros pour 2015.

Si ceux qui connaissaient le parcours de François Hollande n’ont pas été surpris par ce virage, c’est la première fois que celui-ci assume une politique social-libérale de manière aussi décomplexé. Le président du Medef, Pierre Gattaz, s’en est d’ailleurs félicité, alors que la gauche du PS et le Front de gauche dénoncent un cadeau supplémentaire fait au patronat. Le prix Nobel d’économie Paul Krugman a également dénoncé ce virage libéral, alors que les doctrines économiques de droite ont été discréditées par la crise[1]. Ce tournant a en revanche déconcerté l’UMP qui, si elle approuve les orientations de François Hollande sur le fond, ne sait pas si elle doit encourager le gouvernement dans cette voie ou poursuivre une critique qui risque de passer pour caricaturale.

Mais cette politique d’allègement de charges est-elle la solution à la crise de la demande ? L’économiste Jacques Sapir souligne l’impact récessif qu’aura une baisse des dépenses publiques pour financer ces allègements de charge, alors que l’Europe présente un risque important de déflation[2]. Même le patron de la CGPME, Jean-François Roubaud, pointe le problème de la demande, en prévenant qu’avant d’embaucher « il faut d’abord que les carnets de commande se remplissent et que les marges se reconstituent[3] ». En privilégiant la piste des réductions de charges au risque de tuer la demande, et en refusant de s’attaquer à la question de l’euro, le gouvernement contente le Medef mais n’apporte aucune réponse au problème de compétitivité.


[1] « Krugman, prix Nobel d’économie, fustige le virage libéral de Hollande », Le Parisien, 18 janvier 2014. http://www.leparisien.fr/economie/krugman-prix-nobel-d-economie-fustige-le-virage-liberal-de-hollande-18-01-2014-3506577.php

[2] Jacques Sapir, « le président, le contrat de responsabilité et la déflation », RussEurope, note publiée le 15 janvier 2014. http://russeurope.hypotheses.org/1914

[3] « Hollande, le tournant ou le tournis ? », Marianne, n°873.

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A propos Romain Masson

Ancien enseignant d'histoire-géographie, passionné par le débat d'idées, je tente de penser en dehors des clous pour comprendre un monde devenu complètement fou. Je continue de croire que le savoir et la culture sont le meilleur rempart à la bêtise.
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