George Orwell, le socialisme et le patriotisme

A une époque où la gauche et la droite semblent avoir abandonné le peuple et la nation à l’extrême droite, il n’est pas inutile de se replonger dans l’œuvre de George Orwell. Si l’écrivain britannique est surtout connu pour sa dénonciation du totalitarisme, il est néanmoins toujours resté fidèle, à travers sa critique du capitalisme, au monde ouvrier. Dans le lion et la licorne, paru en 1941, il développe sa vision d’un socialisme populaire ancré dans les traditions nationales anglaises.

L’Angleterre a évidemment de nombreux points communs avec les autres nations. Bien sûr, qu’il existe à l’intérieur du pays de profondes différences entre la bourgeoisie victorienne et les ouvriers de Manchester, entre le nord et le sud, entre le monde des villes et celui des campagnes. Pourtant, Orwell estime que l’Angleterre possède, malgré sa diversité, une personnalité propre qui repose entre autres sur un attachement à la liberté individuelle, à la justice, une certaine fermeture envers l’étranger et un rejet de la pensée abstraite. Il en conclut que la fidélité à la nation transcende les clivages politiques et sociaux : « Le patriotisme est en général plus fort que la haine de classe, et en tout cas plus fort que n’importe quel internationalisme ».

Orwell se livre ensuite à une critique de l’intelligentsia de gauche de son époque à qui il reproche l’absence de propositions constructives. « Elles ne contiennent pas grand-chose à part des critiques irresponsables de gens qui n’ont jamais été et ne seront vraisemblablement jamais en position d’exercer une quelconque autorité ». L’écrivain anglais s’attaque également à la « superficialité des convictions de ces gens qui vivent dans le monde des idées et ont très peu de contact avec la réalité matérielle ». Les intellectuels, qui semblent coupés du réel, sont enfin accusés d’avoir honte de leur pays et de critiquer tout ce qui est proprement anglais.

Ce genre de discours crée un climat qui détruit l’âme d’une nation et permet l’acceptation de la défaite. La défaite de 1940 en fournit un parfait exemple puisque le gouvernement de Vichy représente pour Orwell le contraire de la tradition française, n’en déplaise à BHL[1]. « Le gouvernement de Vichy ne bénéficiera d’un simulacre d’indépendance qu’à la condition de renier toutes les marques distinctives de la culture française : tradition républicaine, laïcité, respect des œuvres de l’esprit, absence de préjugés raciaux ».

 – George Orwell, Le lion et la licorne, 1941.

[1] Bernard Henri-Lévy, L’idéologie française, Grasset , 1981. BHL croyait trouver dans les fondamentaux de la culture française l’origine du racisme du régime de Vichy et d’un fascisme à la française.

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A propos Romain Masson

Ancien enseignant d'histoire-géographie, passionné par le débat d'idées, je tente de penser en dehors des clous pour comprendre un monde devenu complètement fou. Je continue de croire que le savoir et la culture sont le meilleur rempart à la bêtise.
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