La Chine, bon élève de la mondialisation?

Lachina-dragon_1795137b Chine est souvent citée par les économistes libéraux, qui nous expliquent que la mondialisation aurait fait reculer la pauvreté, afin de justifier les effets supposés positifs de l’OMC. Mais ce pays est-il vraiment le bon élève de la mondialisation?

Une ouverture aux investissements étrangers?

S’il est incontestable que ce pays s’est ouvert au commerce et connaît aujourd’hui une forte croissance, le cas chinois est assez exceptionnel. Disposant d’un récoca-cola-chian-2008servoir de main d’œuvre bon marché, la Chine a cherché à attirer les investissements directs étrangers sur son territoire. Les usines qui s’y installent servent, dans une grande majorité, à réexporter la production vers d’autres marchés, comme les États-Unis, l’Europe et certains pays d’Asie. Le pays a vu l’émergence d’une classe moyenne de 250 millions de personnes qui, si elle est importante à l’échelle des pays occidentaux, reste faible à l’échelle de la Chine dont la population est actuellement estimée entre 1,5 et 1,7 milliards.

La stratégie de l’État chinois : profiter du libre-échange des occidentaux

Ce que les apôtres de la « mondialisation heureuse » ne disent jamais, c’est que cette politique d’attraction des investissements est très largement planifiée par l’État chinois, qui pratique dans le même temps un contrôle des capitaux drastique pour maintenir la sous-évaluation de sa monnaie. « La stratégie chinoise a CHINA-NKOREA-US-MILITARY-NUCLEAR-WEAPONSdonc été de profiter au maximum de l’ouverture, car les autorités savaient que la question du taux de change était dissociée de celle du libre-échange. Il y a donc eu un « détournement » du libre-échange, rendu possible par la logique de l’OMC qui ne se concentre que sur le commerce et « oublie » complètement la variable du taux de change dans ses différents accords » explique Jacques Sapir. La Chine ne joue donc pas du tout le jeu de la mondialisation mais profite du fait que les pays occidentaux ont ouvert leurs frontières, dans le cadre de la libéralisation des échanges, ce qui lui permet d’accumuler des techniques et des technologies. La politique de l’État chinois favorise les multinationales qui en profitent pour délocaliser une partie de leurs activités et voient dans la pression exercée par les bas salaires chinois un moyen de faire baisser le coût du travail dans leur pays d’origine.

La politique chinoise n’a donc rien à voir avec le « doux commerce » mais répond à une stratégie de développement étatique articulée sur des investissements étrangers importants, mais que l’État contrôle parfaitement. Dans ces conditions, les causes du succès chinois s’expliquent moins par l’ouverture aux échanges et la mondialisation, que par une combinaison entre la pression démographique du pays et une politique d’État. Finalement, cette politique est, à bien y regarder, bien plus proche de celle de la Russie qu’elle ne le semble. Mais partant d’un niveau de développement différent, les Chinois ont emprunté une autre voie.

Jacques Sapir, La démondialisation, Seuil, 2011.

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A propos Romain Masson

Ancien enseignant d'histoire-géographie, passionné par le débat d'idées, je tente de penser en dehors des clous pour comprendre un monde devenu complètement fou. Je continue de croire que le savoir et la culture sont le meilleur rempart à la bêtise.
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