Le redressement de la Russie ou l’imposture de la mondialisation

charte de la havaneLa mondialisation, fondée sur le principe du libre-échange et de la concurrence, semble apparaître comme la seule voie possible de développement. Pourtant, une alternative s’est présentée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à la conférence de la Havane en 1948. La charte de la Havane fixait des objectifs de développement économique et de progrès social, sans imposer un quelconque modèle de développement économique aux nations. Les États auraient eu la liberté de recourir au libre-échange ou au protectionnisme en fonction de la conjoncture. Or les États-Unis ont refusé ce système et imposé, à travers le GATT puis l’OMC, une organisation reposant exclusivement sur le libre-échange. Cependant, la crise qui a éclaté en 2008 met en évidence que la seule course aux exportations ne peut fonder durablement une croissance. « Cette crise rappelle à notre bon souvenir le fait que ce sont sur des marchés intérieurs puissants et bien établis que se construit la croissance », note Jacques Sapir. Le redressement de la Russie ces dernières années fourni un parfait exemple d’un pays qui a refusé de jouer le jeu de la mondialisation telle qu’elle est actuellement définie par l’OMC.

La crise financière de 1998 ou l’échec des réformes néolibérales

À la suite de la crise financière de 1998, la Russie a connu neuf années consécutives de forte croissance, qui témoignent d’un réveil de l’industrie russe. Ce réveil 011214-rouble-chute-mest survenu après l’effondrement économique et social qui a frappé le pays du fait des politiques néolibérales menées entre 1992 et 1997, sous la présidence de Boris Eltsine. La reprise de l’activité s’est enclenchée dès la fin de l’année 1998, avant de s’étendre ensuite à l’ensemble de l’industrie. Notons que contrairement à ce qui est répété, le rétablissement économique est antérieur à la hausse des prix du gaz et du pétrole.

Le redressement de la Russie repose sur trois facteurs essentiels. Le défaut sur la dette d’août 1998 suivi de la dévaluation du rouble, qui a permis aux entreprises russes de récupérer la compétitivité qu’elles avaient perdu entre 1994 et 1997 à cause de la « politique du rouble fort » menée pour lutter contre l’inflation ; la politique de baisse du coût de l’énergie, réalisée par un blocage des prix nominaux, qui a permis un retour aux bénéfices pour de nombreuses entreprises ; le contrôle des capitaux, qui a permis d’éviter que les profits réalisés partent dans la spéculation.

Onvadimir-poutine-dec2012 voit bien que le rôle des hydrocarbures a été relativement réduit dans le redressement économique, contrairement à ce qui est souvent affirmé. De la même manière que d’aucuns nous annoncent aujourd’hui une catastrophe  en cas de sortie de l’euro, le FMI avait annoncé que cette nouvelle politique se traduirait par une baisse de 7% du PIB. En réalité, elle a donné lieu à une croissance de 5%, soit une erreur de 12 points. Cette politique volontariste menée par Vladimir Poutine s’explique par l’appauvrissement considérable qui avait touché la population russe lors de la transition.

Un retour de l’État au service d’une politique industrielle

À partir du deuxième mandat de Vladimir Poutine en 2004, les entreprises contrôlées par l’État jouent un rôle de plus en plus important, notamment dans le secteur gazpromde l’énergie avec Gazprom, Transneft, et Rosneft. Une politique industrielle est mise en œuvre, à travers une forte intervention de l’État dans l’économie. Les entreprises sont financées par l’État à hauteur de 30%, notamment dans l’aéronautique, l’automobile et la construction navale. La hausse de l’investissement public a d’ailleurs permis des gains de productivité du travail dans l’industrie manufacturière et la construction. Ces gains de productivité permettent de relativiser l’idée, avancée par certains, que l’industrie russe reposait sur le stock de capital de la période soviétique.

Ce retour de l’État s’explique par la nécessité qu’il y avait de rattraper le retard accumulé entre 1990 et 1998, et par la volonté politique d’éviter une désintégration de la Russie. Les arguments sur la rente pétrolière et en gaz de la Russie ne sont donc pas fondés. Jacques Sapir note que « les progrès que la Russie a accomplis depuis 1999 et qu’elle est en passe de pérenniser après l’épisode de la crise de 2009 montre qu’il est parfaitement possible de développer son industrie hors du cadre de l’OMC et du libre-échange ».

Jacques Sapir, La démondialisation, Seuil, 2011.

Publicités

A propos Romain Masson

Ancien enseignant d'histoire-géographie, passionné par le débat d'idées, je tente de penser en dehors des clous pour comprendre un monde devenu complètement fou. Je continue de croire que le savoir et la culture sont le meilleur rempart à la bêtise.
Cet article a été publié dans Economie, Euro, Mondialisation. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s